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Portraits de Femmes - Symposium du
30.04.2010 |
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Jubilé Souvenir des 50 ans de vie religieuse de la Révérende Sœur Martine Ngo Bayongbog, notre Marraine d'honneur |
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L’histoire d’une
vocation religieuse exceptionnelle et pluridimensionnelle
Sœur Martine, née Emilienne Ngo
Bayongbog est avant tout une valeureuse religieuse, à la posture
spirituelle, intellectuelle et humaine extraordinaire voire exemplaire. La
célébration de ses cinquante ans d’Amour indéfectible avec Dieu au sein de
la Congrégation des Sœurs Servantes de Marie traduit inéluctablement
l’histoire d’un appel de Dieu et d’une acception pleine et entière de sa
servante. Cette acceptation de la Servante Martine trouve son leitmotiv
fondamental dans cette phrase du psaume 80 : « Seigneur je chanterai éternellement tes miséricordes ». Et
pratiquement, à travers ses multiples actions et œuvres, ce leitmotiv
biblique de Sœur Martine se combine parfaitement avec ces lignes de Sa
Sainteté le Papa Jean Paul II : « Le
mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe
incarné en Amour ». Sur cette toile de fond,
qui est en réalité
Sœur Martine ? Qu’avons-nous à recevoir
personnellement, chrétiennement, humainement de ses 50 ans de vie
religieuse ?
Reveil
et
trajectoire de la vocation de Sœur Martine
--
L’appel de Dieu et l’acceptation de sa servante
Fille aînée de Michel Bayongbog et de Martine Ngo Bamal,
Emilienne naît à Nko Logmaï dans une structure familiale où elle est initiée
très tôt à la vie chrétienne. La foi dit-elle
« était
mise au fond de mon cœur dès ma plus tendre enfance ». Elle était
parvenue par exemple à connaître par cœur presque tout le petit catéchisme
en sa langue maternelle bassa. Enfant aimable, pieuse et intelligente, elle
reçoit à
dix ans, sa première communion à la Mission
catholique de Log Bikoï
située à deux jours de
marche à pied de la case familiale. Elle ignore cependant tout de ce genre
de vie spéciale qu’est la vie
religieuse
Au
cours préparatoire première année, avec l’aval et la bénédiction de ses
parents, Emilienne fréquente assidûment l’école primaire Saint Joseph de
Bisseng. C’est là que pour la première fois, elle entend les Abbés Nicolas
Ntamag et Maximilien Ebembe
parler aux élèves de cette
« vie où l’on se donne à Dieu sans se
marier comme Sainte Thérèse de l’enfant Jésus ». Sa curiosité de savoir
davantage sur la vie de Sainte Thérèse de l’enfant Jésus la pousse non
seulement à toutes sortes d’imaginations et représentations puériles mais
bien plus, à être habitée par un attrait mystérieux et irrésistible pour la
vie des « boda ba djob », qui veut
dire les « femmes de Dieu ».
Lorsque l’Abbé Ntamag demande aux élèves qui sont intéressées par un tel
style de vie, elle est l’une des premières à s’inscrire sans même avoir
demandé le consentement de ses parents. Heureusement, lorsqu’elle leur
révèle sa décision, ils sont contents et préparent avec amour son départ
pour le pré-postulat
Sainte Thérèse d’Eseka.
Le 25 janvier 1952 au petit matin elle y est admise et
passe trois années de formation à la
vie religieuse et intellectuelle. Le 05 août
1955, Emilienne fait son entrée au Postulat à Japoma. Le 08 septembre 1956,
sous l’impulsion de la grâce et de son renoncement au « monde », elle revêt
l’habit religieux sous le nom de Sœur Martine. Elle réalise enfin son désir
de s’unir à Dieu pour jouir des délices célestes. Son « je veux» cède à
« Dieu le veut aussi ». Dès lors, la volonté de Sœur Martine se transforme
dans les flammes de l’amour en l’obéissance remarquable aux vouloirs de
Dieu. Le 08 septembre 1958, une dimension supplémentaire s’ouvre à la mesure
de son alliance d’amour inébranlable avec l’Appelant. Sœur Martine prononce
ses premiers vœux en compagnies des Sœurs Brigitte et Gertrude Thérèse. Sa
première obédience est à New-Belle au sein de la communauté des Sœurs
Spiritaines où elle doit être initiée à l’éducation d’enfants des écoles
maternelles.
En septembre 1960, en pleine période de la
décolonisation, Sœur Martine fait partie des pionnières de la Congrégation
des Sœurs Servantes de Marie de Douala qui remplacent les Sœurs spiritaines
à Eseka. La charge des Ecoles maternelles lui est confiée. En 1961, décelant
en elle les talents pédagogiques et intellectuels exceptionnels pour
l’encadrement des jeunes, ses Supérieurs l’envoient à Lyon en France pour y
préparer le diplôme d’Etat d’éducatrice des jeunes. Au bout de deux ans de
formation sérieuse et studieuse, elle obtient son diplôme avec distinction.
En 1963, elle regagne la Communauté de New-Bell, sous la direction de sœur
Marie-Joseph Eppetti, première Supérieure locale après le départ des Sœurs
spiritaines. Directrice des Ecoles Maternelles, Sœur Martine poursuit
également ses études secondaires avec le concours
des jésuites du Collège Liberman.
Le Ier septembre 1968, confiante en son amour éternel à
l’Appelant dans le mystère de la croix rédemptrice, elle fait ses vœux
perpétuels à Bisseng. Pendant quatre ans, elle remplit sa fonction de
Maîtresse des novices à Japoma.
En 1978, avec mention, elle
est diplômée en philosophie à
l’Université des Sciences Humaines de Lille III
en France. En dépit de son ardent désir d’offrir le premier Doctorat en
philosophie à sa Congrégation, obéissante à ses supérieurs,
elle quitte l’Europe et regagne sa famille
religieuse. De 1978 à 1987 ( ?), elle assure et assume brillamment le rôle
de Directrice du collège Chevreul à Douala, hérité des religieuses de Jésus
Réparateur. L’efficacité de sa gestion et les excellents
résultats scolaires de cet
établissement se traduisent par son élargissement à des filières générales
et techniques. En 1983, aimant plus intensément, plus généreusement et plus
pratiquement Dieu, son Amour, Sœur Martine célèbre son
jubilé d’argent à Douala en
compagnie de
Sœur Gertrude Thérèse.
En 1988 elle sollicite et obtient
de ses Supérieurs, sa décharge de la direction du collège Chevreul. En 1989,
bouleversée par la pauvreté temporelle et spirituelle des gens, elle fonde
une œuvre à caractère sociale :
l’Ermitage Saint Joseph à Nyala, PK10 grâce essentiellement
aux donations de l’Etat belge et à la charité de
ses amis d’ici et d’ailleurs. En quelques années, l’Ermitage Saint Joseph
devient un espace où l’univers des impossibilités et capacités est possible.
Cet élan d’amour charitable pour
les marginaux, ce don inné
pour le respect d’autrui confère à la Sœur Martine une posture de femme
magnifique, « de mère Theresa locale ». Spontanément et affectueusement,
certains enfants l’appellent maman
sœur.
En 2003, épuisée
physiquement et psychiquement des 15 années de labeur sans répit, elle se
retire de l’Ermitage et rejoint la Maison Mère. On ne saurait passer sous
silence que, pendant douze années consécutives, Sœur Martine joue dans la
Congrégation des Sœurs Servantes de Marie le rôle d’Assistante Générale du 6ème
mandat et de conseillère générale du 7ème. Presqu’à la fin 2003,
elle prend une année sabbatique en Europe et intègre le Monastère des Sœurs
Bénédictines de l’Adoration Perpétuelle au Luxembourg pour se ressourcer
spirituellement. Elle s’adonne tellement à l’oraison qu’il lui arrivait
souvent de passer des nuits entières en prières comme le faisait jadis
l’Abbé Saint Antoine et Sainte Rita. Ce séjour européen lui permet également
de se spécialiser en catéchèse à l’Institut supérieur de Pastorale et de
catéchèse de Lumen Vitae en Belgique. A son retour, elle rejoint la
communauté Notre Dame de la Paix de
Ndeido. Et depuis, nommée catéchiste des lycées et Collèges Privés et Laïcs de l’archidiocèse de Douala, elle se consacre à sa mission pastorale par laquelle elle s’efforce d’annoncer la bonne nouvelle de Jésus Christ. Et, parallèlement, elle continue à s’ouvrir sur les exclusions, aux malades dans les hôpitaux, aux prisonniers, en un mot, aux gens qui sont accablés par le poids de la vie et qui ne demandent qu’un peu de compassion pour la pauvreté de la condition humaine. En ce 16 août 2008, la « grand’ âme », l’Appelée fête ses Noces d’Or. Ce qui signifie explicitement ses 50 ans de « vie religieusement et exceptionnellement mariale » avec son Grand Amour, l’Appelant Dieu.
-- Les mentors et
compagnons de route spirituelle
Eprise de Dieu et habitée par l’amour et la présence du
Christ,
elle rencontre des personnes formidables qui vont
promptement devenir
ses pères et soutiens spirituels et
intellectuels. Bien plus, ils sont de modèles de référence de persévérance,
de bonté, de générosité susceptibles de lui servir de roc sur lequel elle
s’appuie pendant les multiples et douloureuses épreuves qui ont traversé sa
vie. Des feux Abbés
Nicolas Ntamag,
Monseigneur Thomas Mongo, en passant par
Monseigneur Simon Tonyé, sans oublier le père Drappier (O.P.) et les Sœurs
Claude et Odilia, Sœur Martine conserve encore et toujours une immense
gratitude à leur égard.
L’enseignement de la
vie religieuse de Sœur Martine --
Le don de soi
En parcourant les différentes étapes de la vie de Sœur
Martine, on découvre une pluralité de dimensions tant dans un champ religico-conceptuel
que pratique. Deux dimensions sont cependant essentielles et remarquables et
peuvent stimuler singulièrement, les chrétiens, croyants
ou pas dans leur vie quotidienne et sociale.
La première dimension, c’est le don de soi, qui, pour paraphraser le Pape Jean Paul II, n’est autre que la « civilisation de l’amour ». L’Amour. Cet amour désintéressé, dépouillé de toute considération matérielle et matérialiste est d’un bienfait positif qui livre l’âme à l’action de l’Esprit Saint affine et harmonise parallèlement nos cellules et significations spirituelles. Ce don de soi loin d’être une pesanteur devient plutôt un apprentissage intérieur et extérieur de l’être, de maîtrise de soi, d’affirmation de la liberté personnelle qui s’impose et ne se défend pas. Pour tout baptisé le don de soi est un signe d’engagement fort qui lui offre nécessairement la Miséricorde de Dieu. Pour les chrétiens, spécifiquement les catholiques, le don de soi, offre une lecture anthropologique de l’homme finalisé par la quête et la soif permanente du Bien. Et ce Bien ne s’accomplissant ici-bas qu’à travers des vertus morales, la fraternité évangélique de justice et de paix. Pour que Dieu ne soit pas uniquement sentimental, un essai de communication abstrait et vide de sens, il doit être accompagné de décision, de juste engagement dans la vie spirituelle et sociale. Si Dieu a introduit dans l’humanité la séparation du spirituel et du temporel, c’est là, à la lumière de la trajectoire de Sœur Martine un trésor d’amour dont chrétien, croyant, catholique ou pas, peuvent et doivent se pénétrer et se saisir. Par l’amour, à commencer donc par soi, et ensuite de notre relation vivante avec Dieu, tout par Lui et pour Lui et en Lui alors nous construisons les fondements solides, des points d’ancrages permettant à toute personne de se positionner comme sujet de sa vie et acteur de développement et cohésion morale de sa société, du peuple de Dieu.
-- La philosophe
humaniste
Femme de Dieu, d’esprit, Sœur Martine est également
Femme de cœur et de tête. Elle
fait partie de la toute
première promotion de pré postulantes à être présentées à un examen officiel
et à obtenir le C.E.P.E. Après sa formation scolaire de base au Cameroun,
elle poursuit brillamment ses études supérieures et universitaires en France
où elle obtient une maîtrise de philosophie à Lille. Partant, le récit de sa
vie religieuse intègre également une seconde dimension essentielle qui est
celle de la philosophie, de la sagesse humanisante et pragmatique.
Prosaïquement, de nos manières d’être, de penser, de faire, d’agir dans nos
relations mutuelles avec nos frères et sœurs en Christ. Dans son mémoire de
fin d’étude consacré au concept du
temps chez Bergson, on y décèle ses affinités, son appropriation
philosophique et temporelle qui accorde une place importante à la personne,
à la libération humaine, à l’évolution créatrice non seulement par le biais de l’éducation, de
l’intériorisation des normes, valeurs et traditions sociales, mais bien
plus, grâce à la méditation attentive, à la prière, à l’introspection de
notre Moi supérieur.
Son œuvre sociale, l’Ermitage Saint Joseph, bien que
répondant aux urgences de la société, et
destinée principalement à l’éducation et formation
des jeunes « paumés », révèle concrètement son
engagement d’amour désintéressé, radical et volontaire pour Dieu incarné en
l’humain. Cette maternité spirituelle, temporelle, effective, humaniste et
humanitaire se traduit pour tous,
chrétien ou non, en une utilisation consciente
de nos dons, et aussi en une transmission de savoirs, de savoir faire autour
des principes ou vertus d’actions efficaces qui sont chaque jour mis en
épreuve sur le terrain de l’amour, de la fraternité, de la solidarité, de
l’humilité envers les créatures de Dieu. D’emblée donc, si une créature de
Dieu veut vivre et être aimé par Lui, elle se doit aussi d’aimer, de semer
l’amour qui vivifie, qui éclaire. Pour les fidèles aux directives de Dieu et
de l’Eglise et dont tout est voué au salut du monde, aimer son prochain
comme Dieu nous aime et espérer en Lui créent des miracles et des lignes de
fuite lumineuses.
En définitive, l’exceptionnel et magnifique parcours de
50 années de vie religieuse de Sœur Martine peut servir de grille de lecture
singulière ou d’identification
spirituelle,
intellectuelle, humaine et ainsi de suite pouvant permettre à chacun de
nous, d’accéder à une existence dynamique, complexe de la foi en Dieu. Nos
pratiques de la fraternité évangélique, de la solidarité de destins communs
engendrent indubitablement la formation d’humains,
ensemble perdus et ensemble sauvés.
Le salut ne
se joue pas nécessairement dans l’appartenance à
une institution mais
in fine dans les gestes et
conduites humains qui consistent à aimer inconditionnellement Dieu et Dieu
fait Homme Jésus Christ et à le prouver par l’amour véritable à de prochain.
A moi, elle a toujours dit
et répéter ceci : ma fille, si tu veux vivre et grandir dans la paix et la
justice, tu dois d’abord « aimer Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme ». Ensuite, « ton
prochain comme toi-même ». Et ensuite encore « semer
l’espoir qui vivifie, illumine ». Tu verras en fin de compte que ce
couple Amour-Espoir intimement lié
produit
immanquablement des lumières, des horizons des
possibles et d’espérance.
Merci
« Grand’âme », d’esprit, de tête et de cœur.
Gracieuse fête ! Martine C. Ngo Nyemb-Wisman
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